UN NOUVEL ALBUM DE CLAIRE ANTONINI

Claire Antonini et « Les accords nouveaux »

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Après une magnifique incursion dans l’oeuvre de J.S. Bach, Claire Antonini revient, pour son quatrième CD de luth baroque solo (« Les accords nouveaux, Pierre Ballard 1638 »), à sa passion de toujours : la musique française du XVIIe siècle. Et elle aborde ici pour la première fois un répertoire dont elle rêvait depuis longtemps, qui de plus n’est quasiment jamais joué, pour une raison précise : il faut accorder – ou bien désaccorder – son instrument, afin de l’habiller de l’un de ces « accords nouveaux », accords de transition entre celui de la Renaissance (« accord ordinaire », qui deviendra ensuite « vieil ton ») et l’accord « nouveau », qui s’imposera jusqu’à la disparition de l’instrument, environ un siècle et demi plus tard (NB : le sujet est traité avec beaucoup de précision par Joël Dugot dans le livret qui accompagne ce CD).

Claire Antonini s’est concentrée sur quatre de ces « accords extraordinaires », dont certains portent des noms évocateurs (« ton ravissant », « ton enrhumé »), et quatre compositeurs : René Mézangeau, François Dufault, Pierre Dubut, et le moins connu mais non moins talentueux (Nicolas?) Bouvier.

On reconnaît vite le style de la luthiste, sa sonorité pleine, ses aigus lumineux, ses ornements vifs, son phrasé décidé et son évocation indéniable des danses, qu’elle joue sans les polluer du trop galvaudé rubato (qui ne fait qu’en masquer le type et la vraie nature). La première sarabande de Mézangeau, avec ses accords tirés d’un retour d’index, en est un exemple frappant. Ses courantes ne demandent plus qu’un couple de danseurs pour en illustrer la belle ondulation. Et l’unique Canarie dégage la vigueur nécessaire, grâce à une articulation précise et variée. Il faut souligner à quel point cette musique et cet instrument sont difficiles, et le talent nécessaire pour le faire oublier. A côté des danses de la suite française, qui dominent ici en nombre, nous trouvons quelques pièces dont le titre peut faire penser à des chansons arrangées pour l’instrument (« Tu es enrumé compère« , « C’est où je vous attends« ), mais aussi des réminiscences du siècle passé, comme ce Branle de Metz ou encore les très entraînants branles proposés par Bouvier.

Chaque accord offre de nouvelles positions harmoniques, de nouvelles combinaisons avec les cordes à vide, et possède une couleur spécifique que l’on remarque aisément lorsque l’on passe d’un de ces quatre « tons » à l’autre. C’est donc un merveilleux voyage, dans un pays peu fréquenté, que Claire Antonini nous propose avec cet album. Le billet pour s’y rendre se trouve sur son propre site : www.claireantonini.com

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