SANSEVERINO

 

Sanseverino

De Montreuil à Memphis

C’est dans le studio même où a été enregistré « Montreuil/Memphis », son dernier album, que nous retrouvons Sanseverino. Pour ce nouvel opus résolument « blues », outre Hervé Legeay, venu lui prêter main forte sur Le Mitard (une reprise de Trust !), l’artiste s’est assuré le concours de Nico Duportal, spécialiste du genre, aux guitares, et de Marko Balland à l’harmonica.

Sanseverino


L’idée de Marko


« Faire des chansons avec des harmonies très simples » (c’est-à-dire 2 ou 3 accords pas plus !) constitue le point de départ de cet album. « J’entendais des trucs de John Lee Hooker où il y avait un accord, et je trouvais que ça suffisait pour raconter le truc que j’avais à dire », explique l’artiste. « J’avais envie aussi de bosser avec un harmoniciste, chose que je n’avais jamais faite avant… Marko était dans les parages… C’est lui qui a eu l’idée de l’album : « T’as qu’à faire un disque de blues ! »… Il ne m’a pas fallu grand-chose pour me décider ! » Côté guitare, on retrouve donc Hervé Legeay, vieux complice de Stéphane, « venu pour donner un côté aérien à la reprise de Trust », et Nico Duportal, « un peu mon consultant blues ». Qu’on ne s’y méprenne pas cependant, « chanter du blues en français, c’est pas du tout ce que je voulais faire, reconnaît l’artiste… Je voulais raconter mes histoires à moi… pas faire « le Français qui chante de l’américain en français » ! Je me comprends ! ».


La technique de la rayure


Comment naissent les histoires ? C’est là tout le mystère de l’écriture des chansons… « Je trouve une espèce d’idée, puis je la développe, explique Stéphane… Une fois que j’ai trouvé ma mélodie, je coupe le son, et puis là, j’écris des couplets, « je fais du stock » comme on dit. Je note plein d’idées, plein de couplets, plein de phrases… Après, je mets tout en place, je découpe des bouts de papier pour aller les remettre à l’endroit où ils auraient dû être… Je fais une espèce de montage comme ça, en collant mes petits bouts de phrase, et j’avance comme ça dans la chanson. A la fin, je retire les couplets, les phrases qui ne sont pas bien, ce que j’appelle « la technique de la rayure ». Il faut être sans pitié… Dès qu’il y a un mot qui ne te plaît pas, tu le rayes ! Alors des fois, t’en a quinze ! Des fois, trois ! C’est facile à rayer, mais il faut les remplacer ! Ça, c’est la partie la plus difficile… S’ils sont en fin de phrase, il faut qu’ils riment, ou alors que je change la rime !… Il faut que la chanson me plaise à 100% ! »


Concours de grattes


Pour cet album à dominante nettement électrique, l’artiste voulait des guitares « bien grasses ». « Je fais des concours de grattes pendant les albums », précise-t-il. On retrouvera donc ici, en vrac, tirées de sa collection, une Jazzmaster de série, une vieille Hofner, une SG à trois cordes, accordée en si – fa# – si (« un truc que j’ai piqué à Seasick Steve », indique Stéphane), une Roadrunner (« une gratte en forme de caravane »), et une James Trussart qui a rallié tous les suffrages (musiciens, ingé son, réalisateur…). « On passait pas trois heures à régler les pédales, ni à régler les amplis, c’est la gratte qui décide…, ajoute-t-il. J’aime bien les trucs de James, parce qu’il a toujours des looks incroyables et des jolis sons… Le son clair pour moi, c’est de la guitare acoustique… Mais une guitare électrique, je rappelle qu’à la base, ça a été inventé pour faire chier ses parents ! » Ça n’a cependant pas été le cas de Stéphane (qui ne jouait pas de guitare quand il vivait chez ses parents !). « J’ai commencé super tard, vers 20 ans, reconnaît-il. Et j’ai plutôt fait chier ma copine ! »


Trémolo sexy


Contre toute attente, notre homme commence d’ailleurs par la pedal steel guitar, un instrument que lui refile un copain fan de country. « J’ai pris la méthode de Jean-Yves Lozac’h, et j’ai commencé à travailler tout seul. J’avais pas d’ampli, je mettais ça sur un vieux magnétophone à bandes. Voilà comment j’ai commencé la musique électrique ! » A la même période, il achète un banjo 5 cordes, « pour faire du bluegrass ». « Après, j’ai commencé à avoir des guitares, mais je voulais faire des solos tout de suite, je ne voulais pas apprendre les accords, donc j’ai perdu un temps dingue ! » Pour l’heure, revenons à Montreuil (où demeure l’artiste), pour détailler le reste de son équipement : deux Bassman 57 (« amplis à lampes obligatoires ! »), et quelques pédales (« une espèce de truc du strict nécessaire »), parmi lesquelles un Geek Screamer (une disto/crunch fabriquée dans l’Hexagone, au look « assez incroyable »), un Blues Driver de Boss (en deuxième disto, qui donne « une espèce de son metal »), un trémolo Pulsar d’Electro Harmonix (« énorme… c’est ce que j’appelle un trémolo sexy ! »), une Cry Baby (« à laquelle j’ai enlevé les deux petits bouchons pour pouvoir avoir une grande course »), un écho « slap » (pour le côté « rockabilly »), et un booster (« qui me fait passer d’un son comme ça à un son « comme ça » ! »). « Il faut leur parler aux pédales, ajoute Sansev, parce que des fois, tu coupes une pédale, elle s’ennuie ! Donc après, elle se venge, du fait que tu aies jouer avec une autre… Donc faut ménager tout ça… »


Elegant Man


Pour cette tournée, le chanteur a prévu un titre en picking (L’Avion, extrait de l’album « Honky Tonk »), une occasion de reparler « guitare ». « Mon picking se rapproche plus du style de Merle Travis que de Chet Atkins, précise-t-il. J’utilise mon pouce, et je fais un peu n’importe quoi avec les deux doigts !… Je suis un peu branleur, parce que je fais bien les basses, ça je le sais… ». « Parce que la guitare c’est ça, je vais t’expliquer ! Quand tu mets ton doigt là, et que tu mets ton doigt là, bah c’est pas la même note ! Et il y a des gens, ça les perd ça !… Entre le fait que suivant où tu mets ton doigt les notes changent et les pédales qui sont jalouses entre elles, je peux te dire que c’est pas un métier facile ! » Pour Elegant Man, un titre extrait du nouvel album, l’artiste a fait une entorse à la règle de simplicité qu’il s’était fixée en matière d’harmonies. « C’est presque une chanson que j’aurais pu faire en swing… Ça ferait un swing tout à fait plausible, comme on dit ! Dans l’album, on a mélangé ce truc-là avec ce battement-là… Ce qui fait que tout le monde joue comme si c’était un gros blues lourd, alors que je chante une espèce de java… Je ne sais pas si ça fait le charme, en tout cas c’est ce qui construit la chanson ! ».


En tournée dans toute la France et en concert au Bataclan (Paris) le 27 novembre.


Montreuil Memphis

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