MICHEL GENTILS

 

Michel Gentils

Pour l’amour de la 12 cordes

Dans « Guitar Feelings », son dernier album paru, Michel Gentils a rassemblé de nouvelles pièces, enregistrées en live ou en studio. Au menu, treize compositions et improvisations, interprétées sur guitare à 6 cordes, à 12 cordes, ainsi que sur guitare baritone. Comme pour « rétablir l’équilibre », « Improvisions » (nouvel album à paraître) contiendra quasi exclusivement des pièces jouées à la 10 (« guitare-vina ») et à la 12 cordes, instrument dont Michel est un des rares spécialistes au monde.

© Jean-Bernard Fourmy
© Jean-Bernard Fourmy

Bien qu’il soit également un redoutable « six-cordiste » (« Guitar Feelings » le prouve !), la guitare à 12 cordes est en effet devenue « l’instrument principal » de Michel Gentils depuis plus de quarante ans. « Il n’y a personne d’autre qui a fait ça », avoue-t-il en toute simplicité.


Initiation


Cette passion naît à l’écoute d’un disque de Leo Kottke, qu’on lui offre à l’âge de 18 ans. « C’est par le son qu’on arrive à la 12 cordes, précise Michel. Ça m’est arrivé comme ça… » On est alors en 1975 et notre homme décide de partir pour les Etats-Unis. Hasard ou coïncidence (?), en descendant vers le Mexique, Michel rencontre un copain de Kottke dans un parc de la Nouvelle Orléans. Celui-ci va lui mettre « le pied à l’étrier » : « Si tu aimes bien la 12 cordes, tu t’en achètes une, tu vas sur le banc d’à côté, tu m’écoutes un peu de temps en temps, tu joues… ». « C’est ce que j’ai fait ! », explique Michel. Le chemin sera cependant parsemé d’embûches… Il lui faudra, entre autres, « grimper les échelons de la hiérarchie des cabarets » à San Francisco, où il se retrouve à faire la manche. Mais notre guitariste va développer son niveau très rapidement. « J’avais vraiment faim, reconnaît-il. J’y ai passé un an. J’ai fait mes premières armes en public dans ce milieu-là ».  


Mélanger dix cordes


Après ce « parcours initiatique », Michel se lance dans la carrière professionnelle. Mais pour mettre au point cette technique unique à la 12 cordes, quelques années lui seront nécessaires. « La 12 cordes, c’est une 6 cordes dont chaque corde est doublée, explique-t-il. Jouer de la 12 cordes, c’est mélanger dix cordes entre elles à la main droite. » Sur une 12 cordes, les deux aiguës (Mi et Si) sont en effet doublées à l’unisson, tandis que les quatre autres (Mi, La, Ré et Sol) le sont à l’octave supérieur. D’où toute une série de techniques spécifiques, qui se « superposent » aux techniques habituelles, et permettent d’utiliser pleinement les possibilités de l’instrument. « L’univers qui s’ouvre est énorme », insiste Michel. « Je me suis enfermé pendant 5 ans dans un petit village du sud de la France, reprend-il. Je passais mon temps à faire de la marche à pied ou à jouer de la guitare… Toute ma technique s’est faite par inspiration. La 12 cordes, je l’ai vraiment travaillée en composant mes morceaux. » Lorsqu’il « redescend des montagnes », son niveau technique surprendra ses amis… Michel finira par compiler tout ce savoir-faire dans une méthode de 12 cordes qui décortique et expose « la logique fonctionnelle de l’instrument ». Seule une poignée de guitaristes de par le monde (dont l’américain Chris Proctor) se sont à ce jour aventurés sur ce terrain, où Michel Gentils apparaît résolument comme un pionnier.


Réminiscences et inspiration


« Quand tu cherches, tu sais pas si t’as raison », lâche-t-il. Aussi, lorsque Gérard Rebours, spécialiste de la guitare baroque, lui apprend que Louis XIV utilisait déjà ce type de techniques, Michel réalise qu’il ne s’est pas fourvoyé… « J’ai compris que j’étais relié à d’anciennes techniques. » Cette continuité historique se retrouve à travers ses différentes sources d’inspiration. Après les Etats-Unis (la période post-hippie, la musique « west coast », le blues, le country…), la découverte de l’Inde et de sa culture musicale constituera une étape décisive. « En tempérant la musique pour pouvoir faire de l’harmonie, on a « abîmé » le son », déclare-t-il. Or le son est « la dimension la plus profonde de la musique, ce qui traverse littéralement nos cellules… Eux ont gardé cette chose-là ! » Ce lien au son s’avère d’ailleurs fondamental dans son cas, depuis sa fascination initiale pour les sonorités de la 12 cordes jusqu’à son intérêt actuel pour la guitare baritone (via un instrument que lui a fabriqué Fred Kopo). « Pour moi la 12 cordes, c’est une réminiscence du son des anciens temps, reprend-il. Je fonctionne par imprégnation. La seule chose qui me donne envie de jouer de la musique, c’est l’inspiration ! Je prends ma guitare, je joue, si quelque chose arrive, c’est quelque chose qui m’arrive, qui me tombe dessus. J’y suis pour rien, sinon peut-être en essayant d’être le plus transparent possible… Ce sont des forces qui me dépassent complètement. Mais des fois, quelque chose te tombe dessus, et l’idée, c’est de ne pas perdre l’idée justement… Lorsque je ne suis pas inspiré, je ne suis même plus guitariste ! On peut cacher le manque d’inspiration avec la technique, mais ça ne trompe pas grand monde ! »

Pour Michel, la musique est « faite pour être donnée » : « Quand on donne, il nous est donné dix fois plus que ce qu’on donne. Et lorsqu’on monétise, alors il n’y a plus rien qui est donné, et il ne se passe rien… ». « Je joue plus de 6 cordes en ce moment, mais je n’ai pas laissé tomber la 12, conclut le guitariste, ni mon instrument à 10 cordes (la « guitare-vina » à double manche), fabriqué par Jean-Pierre Favino. » On le reverra donc sous peu avec son instrument fétiche, cette formidable « 3 rosaces » à 12 cordes (également sortie de l’atelier Favino), qui reste une de ses guitares de prédilection.

Site : www.michelgentils.com

 

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