LAST TRAIN

 

Last Train

Last Train
La dernière utopie du rock ?

« On n’a que 21 ans, mais ça fait déjà dix ans qu’on fait de la musique ensemble », déclare Jean-Noël, chanteur/guitariste de Last Train. Lorsque, galvanisé par l’énergie de ce jeune homme blond charismatique, le quatuor de feu embrase la scène en se lançant dans une impro ébouriffante, il se passe réellement quelque chose. Pour tenter d’appréhender cette fraîcheur inaperçue dans le rock hexagonal depuis bien longtemps, rencontre avec Jean-Noël et Julien, les deux guitaristes du groupe, dans les coulisses du Magic Mirrors à La Défense (lors du festival Chorus des Hauts-de-Seine).  

Gibson & Gretsch
Jean-Noël : On est des passionnés de musique, des passionnés de guitare… depuis qu’on a dix balais. Je me souviens très bien que c’est des instruments qu’on matait à la bibliothèque du collège, et sur lesquels on bavait. Aujourd’hui, on a la chance de jouer dessus, et de les emmener avec nous en tournée… Ça, c’est la mienne, ma Gibson ES345. C’est trop beau, déjà ! Elle date de 81. J’aime bien raconter cette anecdote. Je voulais une guitare noire. Mais toutes les 345 de cette année-là étaient brunes, et je ne comprenais pas pourquoi le mec qui l’avait – je l’ai achetée d’occasion, évidemment ! – vendait ce modèle de 81 noir. En fait, c’est parce qu’ils ont loupé le vernis. Il était trop foncé, et du coup ça a donné un genre de guitare « chelou », qui selon l’éclairage est brune, des fois presque verte un peu dégueu (rires), mais le plus souvent elle est noire ! Elle est vraiment super, c’est vraiment ma guitare préférée… On a eu tous les deux des propositions d’endorsement, pour ma part de Gibson, pour Julien de Gretsch et Fender. Gibson m’a prêté une 335 rouge, « standard », et ils m’ont filé une Gibson SG, la signature Derek Trucks… La guitare, c’est l’objet que t’as dans les mains, l’objet qu’on voit, donc faut que ce soit un minimum beau. Ensuite, c’est vraiment les doigts qui font sonner un instrument, le garçon qui est derrière la guitare…
Julien : Moi, je suis allé chez Gretsch, parce que je trouve ça cool, et aussi parce que quand j’étais petit, comme disait Jean-Noël, je regardais les guitares sur internet, toujours par prix décroissant, parce que je n’avais pas d’argent ! (rires) Forcément, je tombais sur cette Gretsch White Falcon… De manière générale, il faut vraiment se dire qu’on a toujours envie de découvrir des trucs, d’expérimenter, on n’est jamais vraiment rassasiés des guitares et de matériel, c’est vraiment un truc qu’on kiffe ! Personnellement, sur mon son clair, j’utilise un Twin Reverb, pour moi le meilleur son clair, et en son drive, je dois avoir un Vox AC30. Et quelques pédales, une Big Muff classique, un delay, et un accordeur !
Jean-Noël : Moi j’ai joué longtemps sur un Orange AD30. C’est des beaux objets et ça sonne bien. On est très complémentaires Julien et moi, dans le sens où on n’a vraiment pas du tout le même son… J’ai adoré l’AD30, que j’utilise encore toujours, mais j’ai aussi un Marshall Plexi, que j’ai mis dans une tête, un 18 watts tout lampes. Je le fous à fond ! Ça a pallié au problème de toujours vouloir se monter sur scène, de toujours vouloir surenchérir… J’ai mon ampli à fond, je ne peux plus le toucher ! Et pour tous ces amplis, on a des AB Box, on peut activer l’un ou l’autre, ou faire passer tel truc dans tel merdier. Les pédales, c’est sensiblement la même chose en fait. On est fan de reverb, on est fan de fuzz. Le seul truc que j’ai en plus, c’est un POG (Electro Harmonix, ndr). J’aime beaucoup mettre l’octave au-dessus sur des solos, pour avoir vraiment ce truc un peu « de guerre », qui te « racle »…

LAST TRAIN LIVE 2 (Julien) par Jérôme Sevrette

La musique
Julien : Au départ, je ne savais pas jouer de guitare, j’étais celui qu’on appelait « la guitare rythmique » ! (rires) Parce que je ne pouvais pas faire de solo… Et au fur et à mesure, je crois que j’ai un peu évolué… C’est un truc qui bouge continuellement. Des fois, je joue sur des strophes, des fois ce sera lui… Après, c’est vrai que les solos en général, c’est plus Jean-No qui les fait. Il a un ampli qui le booste un peu, avec son son de fuzz et un octaver, ça marche super bien. Du coup, je fais d’autres solos plus « tranquilles »…
Jean-Noël : Il n’y a pas de formule toute faite. Les chansons – c’est sans prétention que je dis ça – sont un peu plus complexes que couplet/refrain, pont et refrain final. On aime bien construire, déconstruire, reconstruire les morceaux, changer de tempo, ce genre de trucs. Donc les parties sont très différentes les unes des autres. Il n’y a pas de schéma qui se répète. On s’échange les trucs comme on les sent, et je crois que c’est beaucoup mieux.
Julien : On écoute énormément de choses. On a quand même des « guitar heroes » : Jimmy Page (on est des grands fans de Page), Jack White… Quand j’étais plus jeune, j’écoutais plus Stevie Ray Vaughan… En son clair, on aime beaucoup les guitares de Lana Del Rey, par exemple.
Jean-Noël : On est partis de Sum 41, ensuite on a découvert Led Zeppelin, puis d’autres groupes, les Black Keys, The Raconteurs, des trucs comme ça, t’évolues… Quand tu découvres la guitare, tu découvres d’abord Jimi Hendrix…
Julien : Ouais, c’est clair !
Jean-Noël : …Stevie Ray Vaughan, ça c’était mes premiers trucs… Et beaucoup de bluesmen. On a joué pas mal de blues au début. Quand tu regardes nos chansons, il y a des plans de blues un peu partout…

LAST TRAIN LIVE 1 (Jean-Noël) par Jérôme Sevrette

Le business
Julien : A un moment donné, on jouait ensemble depuis très longtemps, on faisait des répét, quelques concerts, genre une fois dans le mois dans le petit bar du coin, c’était super sympa, mais on a eu vraiment envie de passer un cap. Ça a coïncidé avec la fin de nos études. On s’est dit : maintenant on revient avec un truc vraiment « fat » ! Pendant six mois, on a retravaillé les morceaux, d’un point de vue artistique ; et d’un point de vue plus d’organisation, genre de « plan de carrière » disons, on a vraiment réfléchi à ce qu’on pouvait faire. On s’est intéressé à tous les corps de métier, la communication, le management, le booking… Et on a monté cette grosse tournée en juillet 2014. On était vraiment le groupe qui sortait un peu de nulle part, et tout d’un coup, on arrivait avec ça, ça a beaucoup impressionné les gens… Jean-Noël et moi, ça nous a pas mal plus, et surtout on avait envie de le faire pour d’autres groupes, notamment Holy Two, notre gros coup de cœur, avec qui on avait partagé un premier concert à Lyon. Du coup, on s’est dit : allez, on se lance, on crée une structure, un label, une agence de booking !
Jean-Noël : On a beaucoup appris sur le terrain…
Julien : Et aujourd’hui on en est là. On s’est réparti les tâches avec le temps. Moi je m’occupe du label (Cold Fame Records, ndr), et Jean-Noël fait du booking pour Last Train, Holy Two, Wallace Vanborn, un super groupe que je vous invite à découvrir, et Colt Silvers.
Jean-Noël : Beaucoup considèrent que c’est une tâche ingrate, mais c’est super excitant. J’aime tout autant monter des tournées que partir en tournée ! C’est un autre discours, un autre langage… Julien et moi, on n’est pas du tout effrayés de parler de business, de stratégie, de tunes, parce que c’est la vie, et ce serait dommage de se dire que, parce que je suis un artiste, que je compose, que j’ai des sentiments, des émotions à faire passer, je ne dois absolument pas être touché par tout ce business… Nous on l’a pris de la manière inverse en fait… Cet été, on va faire des scènes énormes, qu’on n’a connues qu’en tant que festivaliers, on a fait des premières parties de fous… Et on ne fait que considérer plus notre chance, parce que justement on a conscience du travail qui est derrière tout ça. •

LAST TRAIN COVER DIGITAL DEF


Casser les guitares ?
Jean-Noël : Jusque-là, toutes nos guitares, on les avait payées… J’ai jamais abîmé une gratte que j’avais pas payée… Julien et moi, à une époque, on travaillait au fast food, on se payait nos guitares avec le peu de tunes qui nous restait, qu’on n’avait pas mis soit dans l’essence du camion, soit dans les dettes des bureaux… Et quand je voyais le manche de ma guitare qui faisait « comme aç » à la fin du concert, eh ben ouais, j’en chiais, surtout que j’avais encore dix dates à suivre ! Donc forcément, on n’est pas des fils de bourges qui cassons nos guitares par plaisir de casser. Non, si ça vient, c’est parce que ça fait partie du bordel. A la fin, tu lâches ta guitare ou tu la cognes sur ton ampli parce que t’es « véner »… Au début, quand j’ai fait mon premier pet’ sur ma première Strat, je me souviens avoir lâché des larmes. Maintenant, on n’est plus à un pet’ près, ça fait partie du truc. Les guitares, elles vivent, elles se prennent des coups… Ma Coronado, elle est toute creusée de partout à force d’avoir été mise violemment sur des retours, ou posée sur des risers… eh bien ça fait partie du truc, t’apprends à jouer avec, et c’est ta guitare… C’est pas un jeu auquel on joue, parce que ça nous fait mal, mais ça fait partie simplement de l’histoire et du concert…


 


L’alchimie
Jean-Noël : Au-delà d’un style de musique, c’est plutôt les groupes, ce qu’ils peuvent représenter, qui nous influencent. Led Zep est un de ceux-là, parce que c’est un groupe de live, où il y a l’alchimie sur scène. C’est quatre personnes qui devaient faire de la musique ensemble. Personnellement,  je me vois pas forcément faire de la musique avec quelqu’un d’autre que Julien, Antoine et Tim, parce qu’avec les autres, il n’y a pas ce truc, ce moment où tu peux partir dans n’importe quoi et où t’es sûr que tu vas retomber sur tes pieds, où il se passe ce truc magique. Où d’un coup, alors que ça fait 150 fois que tu fais la même chanson, tu te dis : « Putain !… ». T’es pas fier de ta chanson, t’es juste fier de faire partie de cette énergie. Ça, c’est l’alchimie, qui surpasse tout, qui peut tout surpasser.


https://lasttrain.bandcamp.com
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