JIMI HENDRIX ET LE BAND OF GYPSYS

Jimi Hendrix & le Band of Gypsys

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Si le succès de l’Experience, premier trio formé en Angleterre à l’automne 1966, est resté dans les mémoires, l’aventure du Band of Gypsys, malgré sa brièveté, n’en apparaît pas moins comme une étape cruciale dans la carrière de Jimi Hendrix. La publication de l’intégrale du premier concert de cette formation, le 31 décembre 1969 au Fillmore East de New York (jusqu’ici largement inédit), jette un nouvel éclairage sur cet épisode fondamental dans l’itinéraire du guitar hero.

Jimi pour mémoire
Pour beaucoup, l’histoire de Jimi Hendrix se confond avec l’ascension fulgurante de l’Experience, ce trio formé avec deux jeunes anglais lors de son arrivée en Europe, le drummer Mitch Mitchell et l’ex-guitariste devenu bassiste Noël Redding. Au long des deux années qui vont suivre, à savoir la période 1967-1968, cette aventure sera d’abord rythmée par la parution de deux albums devenus des classiques : « Are You Experienced ? » et « Axis : Bold as Love » (tous deux sortis en 1967), suivis d’un double qui atteindra la première place au Billboard (deux millions de copies vendues aux USA), le monumental « Electric Ladyland », paru à l’automne 68. Pour ce qui est des apparitions publiques, la carrière d’Hendrix est jalonnée, si on la regarde de très loin, par trois festivals emblématiques : Monterey (qui marque son retour aux Etats-Unis, en 1967), Woodstock (un sommet d’expression guitaristique, avec la fameuse version de l’Hymne américain, au sein d’un groupe plutôt décousu – qui n’est déjà plus l’Experience –, à l’été 1969) et l’Isle de Wight (retour sur le sol anglais fin août 1970, qui donne le sentiment d’un ratage, peu de temps avant la mort de l’artiste, le 18 septembre). Comme souvent, au-delà de ce résumé à grands traits, la réalité musicale (et humaine) est évidemment tout autre. Tout converge en tout cas (le calendrier, comme la vie réelle), pour faire de 1969 une année charnière dans le parcours du guitar hero, souvent bien moins connue que la séquence précédente (et pour cause, artistiquement parlant, elle est marquée par la dissolution de son premier groupe, aussi bien que par l’absence de projet discographique repérable).
In fine, cette année se soldera néanmoins par l’acte de naissance du Band of Gypsys (dont la première apparition publique a lieu le 31 décembre), matérialisée quelques mois plus tard (fin mars 1970) par la parution du premier album live d’Hendrix, quatrième et ultime publication officielle autorisée par le musicien.

Montrant ce dont Hendrix est capable muni d’une pédale wah-wah, un Fuzz Face, l’Uni-Vibe et l’Octavia, le Band of Gypsys est l’album de la vérité guitaristique.

Régis Canselier (Jimi Hendrix, le rêve inachevé)

Vérité guitaristique
De fait, l’album live original du Band of Gypsys se trouve donc être le dernier témoignage enregistré approuvé par l’artiste. En 1999, la succession Hendrix modifia une première fois la donne, en publiant « Live at the Fillmore East », un double album compilant une sélection tirée des quatre concerts donnés par cette formation les 31 décembre 1969 et 1
er janvier 1970. Parallèlement, en 1999 (puis dans une version légèrement remaniée en 2011), un DVD fut édité, rassemblant l’ensemble des images connues du Band of Gypsys, notamment une captation « témoin » (non-destinée à la publication à l’origine, mais précieuse sur le plan documentaire) d’une large partie du premier des deux concerts du 1er janvier (qui avait fourni l’essentiel du matériel choisi par Hendrix pour l’album original). La publication par Sony de l’intégralité du premier concert du groupe (le 31/12/1969) vient relancer l’intérêt suscité par cette aventure, dont la perception fut à l’origine assez ambivalente. En s’associant au bassiste Billy Cox, vieille connaissance rencontrée en 1961 à Fort Campbell (alors qu’ils étaient tous deux à l’armée), et au batteur Buddy Miles (familier comme Jimi du Chitlin’ Circuit), croisé au hasard des tournées dès 1965 (avec des retrouvailles en 1967 à Monterey alors qu’il joue dans l’Electric Flag de Michael Bloomfield, d’où naîtra une complicité amicale), Hendrix désarçonna les critiques, en même temps qu’il fit le ravissement de quelques personnalités éminentes, parmi lesquelles le trompettiste Miles Davis. Nouvelle approche très « black » de la musique, marquée notamment par la frappe « terrienne » de Buddy, nouveau répertoire adapté spécialement créé à cet effet (ce que l’album tout récemment publié par Sony atteste clairement), nouvelles explorations guitaristiques poussant très loin l’art de l’improvisation (Machine Gun), part croissante du blues (« Je veux revenir à des choses réelles. Je veux retourner vers le blues, parce que c’est ce que je suis », déclare Jimi à Al Aronowitz (du New York Post) après le deuxième concert du groupe au Fillmore East)… Les fans de la première heure ont parfois du mal à suivre ! Mais plus le temps passe, plus cette musique laissera une trace indélébile, de façon complètement « transversale » d’ailleurs (aussi bien dans le rock, le funk, le jazz, la soul…). « Montrant ce dont Hendrix est capable muni d’une pédale wah-wah, un Fuzz Face, l’Uni-Vibe et l’Octavia, le Band of Gypsys est l’album de la vérité guitaristique », écrit Régis Canselier, dans un des livres les plus intéressants parus en français sur le sujet (Jimi Hendrix, le rêve inachevé, Editions Le Mot et le Reste).

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Continuité et ruptures
Pourtant, l’aventure va tourner court. Après les quatre concerts du Fillmore East, le guitariste interrompra le cinquième (et dernier !), le 28 janvier, au Madison Square Garden (Winter Festival For Peace), au bout de deux titres seulement. Certes, Jimi est ce jour-là dans un « mauvais trip », mais il abandonnera néanmoins définitivement le projet. Que s’est-il donc passé ? Le 23 janvier (soit cinq jours à peine avant ce fiasco), l’énergie était pourtant encore à son comble, lors d’une séance de travail tout bonnement éblouissante (cf. l’album « Burning Desire », publié en 2006 par Dagger Records). Des raisons plus profondes sans doute (conflits internes et pressions externes de toutes sortes) travaillent donc le musicien depuis plus longtemps… A cet égard, l’année 1969 a été particulièrement chargée. Riche en rencontres et expériences musicales les plus variées, en live ou en studio (avec Johnny Winter, Steve Stills, John McLaughlin, l’organiste Larry Young ou le saxophoniste Roland Kirk, entre autres…), cette année comporta également son lot d’épreuves, voire d’humiliations : dissolution de l’Experience, concerts parfois « sabotés » par Redding, procès à Toronto pour détention de drogue qui tracassera l’artiste de mai à décembre (Jimi ne sera définitivement libéré de cette épée de Damoclès que le 11 du mois – d’où également l’élan généré par la création du Band of Gypsys), et pour couronner le tout, problèmes de business liés à une inconséquence remontant à l’année 1965 (un contrat d’exclusivité « à 1 dollar » négligemment signé à l’époque avec le producteur Ed Chalpin, qui profite éhontément de la situation, le succès de Jimi aidant… – c’est précisément pour calmer ses appétits qu’Hendrix et son management lui concèdent l’album du Band of Gypsys). Tout cela produit un contexte assez « toxique », une « gangue » dont Jimi a du mal à s’extraire pour retrouver quelque sérénité. D’autant que, sur un plan purement artistique, Buddy Miles se révèle également parfois un peu envahissant, son groove inexorable pouvant singulièrement contraster avec les aspirations « aériennes » du guitariste, que Mitch Mitchell saura capter comme aucun autre. C’est du reste avec Billy Cox, bassiste des plus solides, que s’accomplit sans doute le travail le plus fondamental, marquant un « 
tournant de l’écriture hendrixienne : les lignes de basse deviennent de plus en plus complexes et structurées », écrit à juste titre Canselier. C’est là un des apports majeurs du Band of Gypsys dans l’évolution de la musique du guitariste.

Au printemps 70, c’est en compagnie de Cox et Mitchell qu’Hendrix va reprendre la route, à la tête de son ultime trio. Plusieurs thèmes du nouveau répertoire (Machine Gun, qui deviendra un incontournable de la dernière période, Message to Love, Ezy Ryder…) se retrouvent au programme du concert inaugural du 25 avril, au L.A. Forum. Et, pour l’anecdote, c’est le Buddy Miles Express qui en assure ce soir-là la première partie…

A consulter : jimihendrix.forumactif.org

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