JEAN-MARIE ECAY

 

Jean-Marie Ecay

Les standards au fil de la plume

Partenaire du violoniste Didier Lockwood, de l’accordéoniste Richard Galliano ou de la chanteuse Terez Montcalm (entre autres !), Jean-Marie Ecay publie un nouvel album en trio intitulé « Hamaika ». Après « Gemini Mode », album de compos sorti en 2014 avec les mêmes partenaires (André Charlier – batterie et Jean-Michel Charbonnel – contrebasse), ce dernier opus est cette fois consacrée aux standards.

 

 

En prélude à cette interview, Jean-Marie interprète un blues, une des « pierres de touche » du guitariste, qui d’emblée « annonce la couleur ». En jazz, la formule du trio laisse en effet une grande liberté aux trois partenaires, les standards se révélant toujours un terrain de jeu favorable, où le côté ludique trouve également facilement sa place. Bien que le guitariste utilise une Yamaha de type « 335 » (rappelons au passage qu’il est endorsé par la marque), la couleur acoustique de la musique est ici résolument mise en avant : pas de saturation ni de recours massif aux « effets ». Plutôt une certaine « pureté » de son donc, que Jean-Marie revisite à sa manière, en alternant par exemple jeu aux doigts et jeu au médiator, afin « d’élargir la palette d’expression ». « J’essaie de trouver des dynamiques un peu différentes pour faire ressortir les accords… Le médiator perce un peu mieux dans le mix. »

Musicalement, le parcours de Jean-Marie s’apparente à celui de beaucoup de musiciens. « On vient du rock, du blues, on découvre le jazz-rock dans les années 70, et on en vient à s’intéresser au jazz… ». Le guitariste commence à travailler sérieusement cet idiome au début des années 80. Dans cette quête, le blues apparaît comme un des « fondamentaux » (notre homme reste d’ailleurs passionné par le blues, sous toutes ses formes). A partir de 1983-84, il plonge ensuite dans le be-bop : Charlie Parker, Sonny Stitt, Miles Davis, Clifford Brown (« le summum du phrasé be bop pour moi »), tentant par la suite de mélanger sa culture blues initiale « avec un vrai esprit be-bop », de façon à s’affranchir des clichés. Enfin, depuis une quinzaine d’années, Jean-Marie s’est penché sur l’aspect plus moderne du phrasé (modes, intervalles, « verticalité »), sur les traces de Coltrane et des nouveaux courants new-yorkais, afin de « ne pas jouer toujours chromatique… et de sortir un peu du be-bop ».

« Quitte à choisir, je donnerai toujours plus d’importance au rythme », déclare ce passionné… d’harmonie (!), avant de renchérir : « La musique, c’est des rencontres ! Toute la vie, c’est des rencontres ! ». Dans la sienne, certaines ont été déterminantes, comme celle du bluesman Ray Gomez à Madrid, ou celle du très jeune Sylvain Luc (« On était voisins, on écoutait les disques ensemble… »). Mais ce sera le violoniste Didier Lockwood qui, un peu plus tard, lui mettra « le pied à l’étrier » : « Tu joues super. Maintenant, tu oublies tout ! Sois toi-même ! ». « Ça m’a fait beaucoup de bien », avoue Jean-Marie.

On repart sur la composition. « Composer, c’est assumer une idée et la figer une fois pour toutes » affirme-t-il. Pas de règle « absolue » en la matière. Parfois, c’est en cherchant des accords qu’on trouve une idée et une trame pour une mélodie (il en donne la démonstration « en temps réel »). « On part de rien, un peu à l’aventure… ». Familier des musiques du Maghreb et de La Réunion (6/8 et autres 12/8), notre guitariste s’est amusé à « enlever un temps » pour créer un « chaabi boîteux » à 11 temps, seule composition (éponyme) de l’album. En matière de rythme justement, quels conseils Jean-Marie pourrait-il procurer ? Travailler au métronome, pour s’habituer à un débit régulier, favoriser un côté « relax » dans le tempo… Mais aussi « imaginer être plusieurs instruments à la fois » : un big band, un chanteur… pour enrichir son phrasé et apprendre à « se placer » (exemples donnés toujours en direct !). Tenter d’avoir « du recul par rapport à ce que l’on joue », en somme, au besoin en s’enregistrant et en analysant son jeu. Et « faire confiance à son oreille ! », bien sûr.

Le rythme, c’est en effet « la mise en situation des notes dans un espace/temps ». La « mise en situation définitive d’un matériau, quel qu’il soit » signe donc l’importance décisive du phénomène rythmique. « J’apprends tous les jours, conclut Jean-Marie, c’est sans fin la musique ! »

Jean-Marie Ecay 1

Festival Guitaralde 2017


Hendaye en fête et en guitare

Depuis 2012 (année de sa création), Jean-Marie Ecay assume la direction artistique du festival Guitaralde (prononcer « aldé » !), qui se tient à Hendaye. La sixième édition de cette manifestation se déroulera les 7, 8 & 9 juillet prochains, avec une programmation éclectique, qui abordera tous les styles (du classique au rock, en passant par le jazz, le blues et le flamenco). On pourra y applaudir notamment Pierre Bensusan (le 7), Dan Ar Braz, Jacques Pellen & David Er Porh (le 8), et Axel Bauer (le 9). Une belle façon de découvrir le pays basque !


 

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