MARK TREMONTI AU DOWNLOAD FESTIVAL

 

Mark Tremonti au Download Festival

Pour les non-anglophones (les autres pourront consuter directement la vidéo !), traduction intégrale de l’entretien que Mark Tremonti nous accordé dans les coulisses du Download Festival, après la sortie de l’album « Dust » au printemps. Retrouvez également en pdf le relevé des riffs que Mark Tremonti et Eric Friedman ont joué au cours de cet entretien.

© Carlos Amoedo
© Carlos Amoedo

Bienvenue en France, bienvenue sur guitaremag.com, un site pour les guitaristes français de tous styles : gypsy, rock, metal, jazz… Juste une rapide présentation : Mark, l’homme aux deux
grammy awards !
Mark Tremonti : Oui, tout à fait !

40 millions d’albums vendus dans le monde. Votre dernier album « Dust », deuxième volet d’un diptyque (après « Cauterize » en 2015), est sorti le 29 avril de cette année. Wow, 40 millions de ventes, c’est formidable. Etes-vous béni des dieux ?
M. T. : Oh ! Je suis vraiment ravi d’avoir pu faire tout ça pendant ces 20 dernières années. J’ai beaucoup travaillé. Un jour comme aujourd’hui, je suis très heureux de me réveiller, et de me retrouver sur les traces de mes idoles. Donc, oui, je suis vraiment ravi de la manière dont les choses se sont passées !

Pouvez-vous nous parler de vous et des influences musicales qui vous ont marquées ?
M.T. : J’ai grandi en écoutant les musiques que mes parents écoutaient dans les années 70. Le groupe préféré de ma mère était celui de Rod Stewart. Mon père aimait Joe Cocker en tant que chanteur et écoutait Led Zeppelin et Iron Butterfly. J’aimais les chansons qu’ils écoutaient à la radio, des groupes comme Steve Miller Band, Gerry Rafferty (
Baker Street est mon morceau préféré dans ces années), Bruce Hornsby aussi. J’aimais ce type de musique, puis je me suis mis à écouter « Master of Puppets » de Metallica, qui a tout changé pour moi. C’est à ce moment que je suis devenu un fan de metal, du type Anthrax, Megadeth, Testament, Slayer. J’ai écouté ce genre de musique pendant un long moment, jusqu’à ce que je découvre un genre un peu plus blues, comme Joe Bonamassa, Derek Trucks, Warren Haynes. Eric, lui, aime vraiment le blues. J’aimerais bien jouer ce style de musique plus souvent !

Que peux-tu nous dire sur ta manière de jouer ?
M.T. : Quand j’étais enfant et que j’ai appris à jouer de la guitare, j’essayais de composer autant que je pouvais, je n’ai pris aucune leçon. Je ne savais pas quelles gammes ou quels accords utiliser. Cela s’est fait naturellement. Je n’ai même pas appris en m’inspirant des morceaux des autres. J’ai juste écrit mes propres morceaux et créé mes propres accordages. Après des années, j’ai appris la gamme mineure harmonique. Je suis content d’avoir appris de cette manière, parce que je ne suis pas devenu comme beaucoup de gens, qui jouent juste comme un autre guitariste. J’ai tellement testé de choses que j’ai fini par créer mon propre univers. Mais maintenant, j’essaie d’apprendre autant que possible des autres guitaristes !

Parlons de ta technique rythmique. Peux-tu nous jouer un ou deux riffs et nous expliquer comment tu penses quand tu joues ?
M.T. : Jouer des riffs ?

Oui, et nous expliquer comment tu crées un riff. Est-ce que tu penses juste à la musique ?
M.T. : Oh, quand je compose, je laisse l’inspiration venir d’elle-même ! Je m’assois et parfois, je mets une boucle de batterie. D’autres fois, je vais juste essayer et faire des erreurs. Je me fiche de faire des erreurs, je veux juste tenter de créer quelque chose d’unique. Surtout quand je joue avec des accordages spéciaux, j’essaie de me forcer à faire des erreurs ! Du coup, souvent quand j’accorde plus grave, je finis avec quelque chose de plus singulier que si je le jouais normalement.

Donc, quand tu joues ton riff, tu ne penseras pas forcément « majeur » ou « mineur »…
M.T. : Non, non. Je ne pense jamais à la théorie !

J’ai vu qu’avec ta main droite, tu descendais souvent comme James Hetfield…
M.T. : J’aime ! J’aime Metallica tu sais, j’ai grandi en les écoutant, donc ma main droite, c’est ce que j’ai développé en premier, avant tout. C’est pourquoi j’adore Metallica, parce qu’il faut bien plus utiliser ce style de technique, comparé à d’autres groupes comme Alter Bridge, le mon premier avec lequel. Je dois utiliser cette technique plus souvent avec Tremonti.

Du coup, est-ce que tu peux nous jouer un riff, s’il te plaît ?
M.T. : Bien sûr ! Donc, tu veux que je joue avec cette technique de main droite ?

Oui !
(RIFF)
M.T. : Donc j’aime descendre de cette façon…
(RIFF)
M.T. : J’ai juste grandi en jouant de cette manière, donc j’aime !

Peux-tu le jouer doucement ?
M.T. : Bien sûr !
(RIFF plus lentement)

De quelle façon ta guitare est-elle accordée ?
M.T. : Standard ! Enfin à moitié, elle est un peu désaccordée là…

Ok merci !
M.T. : De rien !

Asseyons-nous ! Donc, concernant tes solos, tu disais que tu ne jouais pas de gammes harmoniques ?
M.T. : Eh bien quand je joue un solo, très souvent, nous avons des accords spéciaux, du coup les gammes disparaissent. Tu dois réussir à trouver des ‘shapes’ au lieu de gammes. L’un de mes accords spéciaux préférés est l’open D5. Donc pour trouver une ‘shape’, si tu es en train de jouer quelque chose en D majeur et sur la corde B, tu as la seconde, troisième et cinquième frette. Les doigtés seront les mêmes sur chaque corde. Et tu verras que ce sera toujours le même processus le long du manche, sur chaque position, mis à part entre la neuvième et douzième frette. En open D5, ce sont les seules frettes où le comportement n’est pas symétrique dans le jeu en position… Mais le plus gros problème en open D5, c’est que la corde B est accordée un ton et demi au-dessus, du coup quand tu fais un bend, tu risques de la casser, parce qu’elle est accordée de manière très haute. Dond, au lieu de faire le bend, tu utilises des cordes à vide et des liaisons (pull-off/ flicks). Mais j’aime composer librement en accord alternatif, parce que si tu utilises le même accord tout le temps, c’est dur de ne pas se répéter. Si tu utilises un nouvel accord, tu te forces à créer quelque chose de nouveau.

Est-ce que tu peux nous jouer un de tes licks favoris ?
M.T. : Est-ce que je dois me brancher ?

Oui s’il te plaît, et nous l’expliquer si tu peux. Tu peux nous en jouer un avec du stretching ?
M.T. : Oui, donc si je fais un stretching, je jouerai comme ça…
(RIFF)
M.T. : J’aime beaucoup jouer en legato…
(RIFF)
M.T. : Je fais des structures qui commencent en 5 notes puis 7, 7 et ainsi de suite. Donc ce ne sont que des structures de 5 ou 7 notes… Si je redescends en utilisant les mêmes structures, je change juste… Je sais que je n’aime pas utiliser la théorie, mais quand je joue ce type de choses, je dois utiliser certaines structures ! J’aime utiliser des shapes avec trois notes par corde, c’est la meilleure façon de descendre rapidement.

Est-ce que c’est une gamme majeure ?
M.T. : Oui, majeure ou mineure. Là c’était un Sol majeur (ou Mi mineur). Pour moi, le jeu en legato, c’est une manière très facile d’aller d’un point A à un point B : toujours une bonne façon de finir un solo rapide. Un de mes licks favoris est…
(RIFF)
M.T. : Un peu plus dans le style country…
(RIFF)

C’est une gamme pentatonique ?
M.T. : Oui, pentatonique.

Est-ce que tu utilises des gammes exotiques ?
M.T. : Non, enfin si je joue ce genre de rythme… Je ne sais même pas le nom de cette gamme ! Peut-être une mélodique mineure ? C’est comme ça qu’on l’appelle, non ? Je ne me souviens pas… Je ne suis pas un grand fan de la théorie ! (
En réalité, Mark utilise la gamme mineure harmonique, ndr).

Est-ce que tu construis tes solos ? Tu as un riff, tu le joues, et après ?
M.T. : Je vais juste jouer le morceau, et puis m’enregistrer. Quand je compose un album, je me fiche de faire des erreurs, comme je l’ai dit, parce que j’essaie de trouver quelque chose de différent, pas juste un simple riff pentatonique. Mais bien sûr, quand je joue durant un concert, j’essaie de ne pas faire d’erreurs ! Donc j’ai deux approches différentes. Après l’écriture d’un album, c’est là que j’improvise le plus en quelque sorte, parce que j’ai fait des « erreurs » au moment où je composais et ensuite, je dois m’entraîner à ne plus en faire ! Mais il y a beaucoup de charme dans ces « erreurs », donc c’est pour cela que je m’autorise à tenter des choses bizarres. Comme j’utilise un accordage spécial, tu ne sais jamais ce que tu vas trouver.

Maintenant, peux-tu nous parler de ton équipement. Quelle est ta pédale préférée ?
M.T. : Ma pédale préférée est la Morley Wah. J’utilise seulement cette marque. J’ai une pédale signature, qui est juste là par terre. C’est la seule pédale que j’ai ici, donc on peut dire que c’est ma préférée ! J’utilise aussi une Univibe de Jim Dunlop, que j’aime bien, et un hand-wired tube screamer Ibanez (TS808HW).

Et à propos des réglages de tes amplis ?
M.T. : Mes amplis ? J’ai un Bogner Uberschall 616, où j’aime garder tous les réglages autour de midi. Puis un Mesa Boogie. Quand je les allume ensemble, ça me permet de couvrir une plage de fréquences sympa. Je pense que le Mesa Boogie possède un son plus strident pour les finitions et le Bogner a ce côté enveloppant. Du coup, quand on les combine, on obtient d’un côté le son fin et sans à-coups du Bogner et en même temps le son très agressif et cassant du Mesa Boogie.

Quand tu enregistres, utilises-tu le même équipement qu’en tournée ?
M.T. : Oui, mais quand j’enregistre, j’utilise plus de matériel. Pour cet album, j’ai utilisé une combinaison de 5 amplis : un Cornford RK100, un Van Weelden Twinkleland, le Bogner, le Mesa Boogie Triple Rectifier et un PRS Archon.

Dernière question : quels sont tes projets ? Tu as déjà presque tout dans ta vie !
M.T. : Oh je suis tellement occupé en ce moment, je ne pense même pas à ce que je ferai plus tard ! Je vais juste travailler et continuer à développer Tremonti et Alter Bridge autant que je peux. Mais vous n’avez pas encore vu Eric jouer ! Vous devez voir ça, l’autre face de Tremonti ! Vas-y, joue un de tes licks préférés !
(RIFF)
M.T. : C’est le spécialiste du blues que vous voyez !

Peux-tu nous le rejouer plus lentement ?
Eric Friedman : Non (
signe de la tête).

C’est une blague mec ! Quand tu joues une gamme pentatonique, tu joues parfois le troisième accord en majeur, avec un bend ou un demi bend…
E. F. : Oui, j’aime faire tout type de bend ! J’aime vraiment les bends, et jouer avec les différents sons de la guitare. Je manipule la tonalité et le volume, je ne touche même pas aux réglages de l’ampli. Je vais juste changer le volume et les micros de la guitare.

Dans l’album « Dust », est-ce que tu fais seulement de la rythmique ou joues-tu aussi des solos ?
E. F. : Je joue des solos oui, Mark m’en a donné quelques-uns !

tremonti_dust_album_cover

Et sur scène ?
E. F. : Oui, sur scène aussi.
M. T. : Il en fait un vraiment long sur scène…
E. F. : Oui. En fait, quand on enregistrait, il me disait : « 
Tiens, tu vas prendre celui-ci, et ce morceau aussi, il est pour toi, vas-y ! ».
M. T. : Je ne suis pas arrogant…
E. F. : Donc oui, je fais des solos en live aussi. Tu viens nous voir ? Pour le concert ?

Oui, bien sûr ! Pour le site web, peux-tu nous parler un peu de toi ? Nous expliquer comment tu as rencontré Mark et comment vous avez commencé à jouer ensemble ?
E. F. : J’ai rencontré Mark quand j’avais 15 ans, il participait au NAMM à Anaheim, en Californie. J’attendais parmi plus de 150 personnes pour avoir son autographe et on a commencé à parler guitare ensemble. On est devenu amis à travers la musique et pendant des années, on a juste été amis et on jouait de la guitare… Jusqu’au jour où j’ai rejoint son groupe Submersed, managé par l’un de ses amis. On jouait beaucoup tous les deux, et on a toujours su qu’un jour on finirait par faire quelque chose ensemble. Donc, quand l’opportunité s’est présentée pour Mark de créer Tremonti, on l’a juste fait !

Et que penses-tu de Mark ?
E. F. : J’admire Mark depuis le début. C’est un grand musicien, un excellent joueur de guitare et un bon gars en général. Donc c’était génial de pouvoir faire cela ensemble !

Et toi Mark, pourquoi l’as-tu appelé ? Pourquoi pas moi ?
M. T. : Ah tu sais, on aurait dû se rencontrer ! La prochaine fois ! (
Rires).

Pour finir, Mark, peux-tu nous dire quelques mots sur ta guitare
M.T. : Cette guitare est un prototype, elle est unique, c’est un concept. Enfin, plus exactement, il en existe deux (l’autre est chez moi). Je joue habituellement sur une Paul Reed Smith Signature que j’adore, mais là, j’ai apporté celle-ci. Donc on ne peut pas vraiment considérer cette guitare comme celle que j’utilise. Paul Gallan et moi l’avons dessinée ensemble. Comparée à une PRS classique, la tête est inversée. Elle n’est toujours pas finie à 100% (je pense toujours que nous pourrions faire quelques ajustements), mais nous l’avons vraiment bien travaillé. Elle s’appelle Stella !

© Ashley Maile
© Ashley Maile

 

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