L’ATELIER KOPO GUITARES

 

Fred Pons / Kopo Guitares

Petits et grands plaisirs

Visite dans l’atelier de Fred Pons (Kopo Guitares), installé depuis une vingtaine d’années à Saint-Aubin-d’Aubigné (35), près de Rennes. Connu pour sa créativité et sa fibre novatrice, le parcours de Fred s’inscrit néanmoins dans un « retour aux fondamentaux » du métier, que traduit notamment l’évolution de son travail dans la dernière décennie.

Cette décision de revenir à un modèle « classique » de fonctionnement (fabrication d’instruments haut de gamme en petite quantité, en l’occurrence une quinzaine par an), Fred la prend en connaissance de cause, puisqu’il a expérimenté d’autres modes d’organisation par le passé, dont la production en petites séries. Mais les impératifs de la distribution ne font pas toujours bon ménage avec la concentration nécessaire au travail à l’établi. « On n’a pas fait ce métier-là pour faire du commerce pur, déclare-t-il. On a besoin de quelque chose de plus souple et de plus naturel. (…) Je n’étais pas forcément fait pour cette course-là. »


La saveur et le piment


Retour, donc, à la production de pièces uniques, destinées à des clients avec lesquels on entretient une relation personnelle – soit les ¾ de son activité aujourd’hui, le dernier quart étant dédié à la réparation et la restauration (une grosse journée par semaine), à quoi s’ajoute un peu de formation (notamment via l’accueil de stagiaires), à vocation professionnelle ou comme activité de loisir. Pour Fred, après une période marquée notamment par l’élaboration de guitares électro-acoustiques (cf. dans les années 2000 le succès de son modèle Yalta), cette évolution se double d’un retour à l’instrument « purement » acoustique (flat top cordes acier et un peu de cordes nylon) durant la dernière décennie. « Pour nous luthiers, c’est un terrain d’expression, d’aventure réelle, où on peut exprimer et développer un savoir-faire peut-être plus complet… », explique-t-il. Pour autant, Fred avoue adorer « se confronter à la recherche ». « Sans ce piment-là, le métier perdrait beaucoup de sa saveur en ce qui me concerne », précise-t-il.


Continuité et renouveau


A la croisée des chemins, la naissance de son modèle Ouessant, décliné actuellement en une série de variantes, incarne cette continuité et ce renouveau – notamment par rapport au « plan architectural » de la guitare (surfaces sonnantes, volumes, emplacement du ou des évents…). Une façon d’envisager le métier tout en respectant la tradition qui convient à son tempérament : « Je pense que la guitare est loin d’être un instrument figé », affirme-t-il. Cette recherche se prolonge également du côté des matériaux (utilisation de bois locaux, de bois « non tropicaux », caisse moulée en lin…), comme autant de couleurs différentes à exploiter, sur le plan sonore comme sur le plan esthétique. « J’adore travailler le cormier. J’adore travailler le noyer, le frêne, le tilleul, et encore plein de bois qu’on pourrait citer… Le lin est pour moi une manière de continuer cette quête, pour aller vers des guitares qui ont un bilan carbone encore meilleur. »


Une vie de luthier


Si la rencontre de Gérard Audirac, figure incontournable de la lutherie française, s’est révélée décisive à un moment donné de son parcours (la maîtrise du barrage « pré-contraint » s’inscrivant comme une étape indispensable dans la conception du modèle Ouessant), celle de Ken Parker, inventeur de la Fly dans les années 90 et « révolutionnaire » de la archtop, ne le fut pas moins. De toutes ces expériences, Fred ressort en effet avec un sentiment revigoré de conviction : « On n’a qu’une vie de luthier, il faut y aller vraiment à fond ! ». « Là, on rejoint peut-être le statut des artistes musiciens, ou peintres, ou autres : ne pas s’économiser, ne pas se mettre d’interdit, faire les choses, avec ses tripes et toute son énergie. » Une forme de « profession de foi » qui éclaire en retour la naissance de sa vocation, à l’adolescence, lors d’une visite dans l’atelier de Didier Pavy (« ça a imprimé mon cerveau d’une envie très puissante »), et la persévérance qui fut la sienne dans les années qui suivirent : apprentissage dans l’atelier de Christian Boyer (où Fred s’initie à la lutherie du quatuor), puis formation à Londres, au London College of Furniture, en violon, puis en guitare.


Ouessant et Sassandra


Ce métier « addictif », « fait de petits et de grands plaisirs », mais fragile sur le plan de l’équilibre économique, notre luthier l’exerce aujourd’hui avec une certaine sérénité. « Il faut tenir les vingt premières années ! », lance-t-il en riant. Avec huit mois de commandes en moyenne, et une production qui se répartit en modèles Ouessant (pour l’essentiel) et Sassandra (cordes nylon), assortis de quelques basses, instruments électriques ou « projets à la marge » (une mandoline, un violoncelle avec table en fibre de lin…), Fred a atteint le temps de la maturité, comme l’atteste sa toute dernière Ouessant, en noyer et épicéa de Sitka, dont les capacités vibratoires laissent rêveur. Lorsque de jeunes musiciens comme Guillaume Muschalle (qui s’exprime ici sur une Ouessant « Fleur de lin ») ou Samuelito (avec lequel Fred vient de mettre au point une Sassandra électro-acoustique flamenca « tout terrain ») croisent son itinéraire, le plaisir du luthier est évidemment à son comble.

Site : www.kopo.fr

 

 

 

 

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1 Commentaire

  • Bah en fait ses instruments sont justes géniaux, fabuleux, un régal à jouer. J’ai eu plus de 20 basses, de grandes marques, et les deux meilleures, de très loin, sont mes deux kopo dont je ne me separerais jamais. Un son magnifique, légères, équilibrées, faciles à jouer, merci encore pour ces beaux instruments.

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