FRANCK CHEVAL

 

Franck Cheval

Le temps de l’accomplissement

Franck Cheval fait aujourd’hui partie, avec Alain Quéguiner, Maurice Dupont et Jean-Pierre Favino, des très grands noms de la lutherie de guitare en France. Installé au tout début des années 80, Franck appartient à cette génération de pionniers qui, avant de devenir des « références », ont dû inventer et construire pas à pas l’exercice de leur métier. Retrouvez deux vidéos complémentaires (atelier et réparation:restauration en bas de cette page).

©Jean-François Raynaud
©Jean-François Raynaud

 


Toronto


Tout commence pour Franck par sa passion pour la guitare, qui survient lorsqu’une Buccolo (fabriquée par le papa de Jean-Pierre !) s’introduit dans la chambre de son frère aîné. Les premiers accords plaqués « sur des chansons de Graeme Allwright ou Leonard Cohen » restent pour lui des souvenirs marquants. Franck se met à écouter Jorma Kaukonen, Stefan Grossman, découvre « La guitare américaine », de Steve Waring et Roger Mason (album sorti en 1972), travaille tous les morceaux de « La Guitare à Dadi » (parue l’année suivante), avant de partir au Canada (à Toronto) pour perfectionner sa technique (et « essayer d’en vivre » !). C’est sur le sol canadien que s’effectueront ses premiers contacts avec le monde de la lutherie, lorsqu’il se fait construire un banjo 5 cordes (« par un bien nommé Jim Hall » !) et qu’il fréquente à l’occasion l’atelier de Jean Larrivée.


Des bibelots en bois


De ses deux voyages au Canada (entre 1974 et 1977), Franck rapporte quelques « belles guitares » (une Grestch 6120 orange de 1955, des Martin…), tout en continuant à jouer et à donner des cours. C’est en découvrant des bibelots fabriqués par un ami de lycée que le travail du bois va véritablement l’inspirer. Assez vite, il se met à restaurer des meubles, puis à en fabriquer, après avoir loué un atelier à Romans. Cette expérience va se révéler déterminante. « J’avais déjà une petite structure avant de commencer la lutherie (scie à ruban, raboteuse-dégauchisseuse, quelques outils de base…), je n’avais pas tout à financer d’un coup. Je me suis dit : « Je me lance, si ça ne marche pas, je reviendrai à mon atelier de meubles ». L’atelier s’est très vite transformé en atelier de lutherie… ».


Ris Orangis


Lorsqu’on choisit ce métier en province, au tout début des années 80, « un sentiment de solitude » vous étreint. Peu de collègues (hormis les Parisiens), peu d’informations, pas de fournisseurs… En allant voir les frères Gérôme ou Patenotte à Mirecourt, Franck glane quelques combines et quelques morceaux de bois ! « La chaleur qui arrivait sur l’estomac m’avait brûlé quelques pulls ! », avoue le luthier, en évoquant ses premiers « cintrages ». C’est ainsi qu’il fabrique ses premières folk… A cette époque, le festival folk de Ris Orangis draine tous les aficionados et les passionnés. C’est dans ce cadre que Franck fait la connaissance d’Alain Quéguiner, de Dominique Bouges, de François Charle, de Vigier et de Didier Pavy (« qui avait de l’avance sur nous »). « Il fallait expérimenter… Les erreurs faisaient progresser. Toutes les bêtises, on les a faites ! ».


Lucie


A partir de 1985, Franck travaille avec une collaboratrice. D’abord stagiaire, Lucie va devenir une partenaire indispensable. « Finalement, elle n’est jamais repartie chez elle. Elle s’est installée là et ça a continué. Petit à petit, on a fait progresser l’atelier. (…) Avec Lucie, on a une espèce d’entente intuitive, par habitude. On fait des espèces de guitares à quatre mains, qui ne sont pas pénalisées par ce travail d’équipe, parce que chacun a ses responsabilités, et du coup, on n’en parle même plus. Chacun sait ce qu’il a à faire. Grâce à cette collaboration précieuse aujourd’hui, on fait une vingtaine de guitares par an. »


1989


C’est en 1989 que Franck quitte l’atelier de Romans (« un peu entassé », sur 60m2) pour s’installer dans un espace plus confortable (140m2). Cette même année, Marcel Dadi lui commande « Princesse », une sorte de « guitare baroque » qui va faire parler d’elle et marquer « un pallier » dans sa production. Pour l’atelier Cheval, cette année-là s’inscrit en effet comme un moment charnière, puisqu’elle marque également le début de sa collaboration au long cours avec Francis Cabrel, qui aboutira à l’élaboration d’un premier modèle signature quelques années plus tard. D’autres suivront (Michael Jones, Christian Séguret, Diane Tell…). « Ça part toujours d’une amitié », précise le luthier. Comme celle qu’il noue avec le peintre breton Fanch Moal, passionné de jazz et de guitare, qui débouchera sur la création d’une bonne dizaine d’instruments.


L’expérience


« Je ne suis pas un luthier qui mesure beaucoup, remarque Franck, je travaille beaucoup à l’intuition, c’est très empirique mon travail. (…) Je m’efforce de mettre la crème des bois dont je peux disposer pour faire mes guitares. Je peux éliminer dix barrages pour n’en garder qu’un ! ». Avec les années, le luthier reconnaît cependant « travailler les guitares de moins en moins en tension », de façon à déployer « le moins d’effort possible pour les coller ». « Il faut laisser les bois se reposer longtemps, et les laisser très libres… Les guitares ont progressé comme ça. » « Le stock de bois t’excite, te donne envie d’en faire d’autres, reprend-il. Je commence à faire des guitares qui me plaisent de plus en plus. (…) Si je tombe sur une très belle pièce d’érable ondé, j’ai envie d’en faire une guitare, plutôt que de la laisser comme ça sur l’étagère ! (…) Je choisis. Finalement, j’arrive à refuser quelques commandes. C’est un luxe suprême ! Je fais les guitares des autres, mais il faut que ce soit à ma sauce quand même. Faut que ça me corresponde ! »

Merci à Marc Lonchampt (marclonchampt.fr) pour ses musiques sur les modèles Annabel, signature Christian Séguret et Strad.

Site : www.chevalguitars.com

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