A LA MANIERE DES STONES

The Rolling Stones

Du rififi dans les éboulis

INDIANAPOLIS, IN - JUL 04: Keith Richards of the Rolling Stones performs at the Indianapolis Motor Speedway on July 4, 2015 in Indianapolis, Indiana. (Photo by Michael Hickey/Getty Images)

Quelques Ostinati choisis in open « G »

par Arnaud Legrand

Qu’est-ce qu’un riff (« refrain formula » in english) ? Le mot, abrasif comme une pierre d’affût sur la lame du rasoir, aussi redondant que ses consonnes doublées, vif comme les coups de fouet du foehn et du zéphyr réunis, tour à tour habité d’une obsédante légèreté ou d’une lourdeur obscène, n’est autre qu’un ostinato, à savoir, en langage musical classique, une formule rythmique, mélodique ou harmonique jouée « obstinément ».

Le processus répétitif de cette séquence musicale exécutée plusieurs fois en introduction, puis autant de fois que nécessaire tout au long du morceau, s’ajoutant ou se substituant parfois soit au couplet soit au refrain, ajoute à la chanson une dimension cyclique qui lui confère le charme des plaisirs itératifs et la satisfaction immédiate de la recognition.

 

Ceci étant dit, posons ici une vérité euclidienne première sur le sujet qui nous concerne, soit l’axiome :

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Graphologie d’une Signature


Est-il encore utile de préciser que la célèbre Fender Telecaster « black guard butter scotch » de 1953 de Keith Richards, surnommée Micawber, a une bien curieuse scordature, tant l’une que l’autre sont devenues mythiques aujourd’hui ? Une corde de MI grave superfétatoire qui déserte le manche puis, du grave à l’aigu, un open tunning de SOL (D)-G-D-G-B-D : la corde de LA monte en SOL, celles de RÉ, de SOL et de SI ne bougent pas (eh oui, il existe bel et bien un accord de SOL ouvert à l’intérieur de notre accordage standard, une façon simple pour le débutant de jouer You gotta move en slide sans avoir à s’accorder en open !), enfin, la corde de MI aigu est baissée d’un ton en RÉ.

Cinq cordes, open tuning de SOL, mais dites-moi, tout cela fleure bon la campagne et plus précisément l’accordage du five strings banjo, qui règne en maître sur les terres du bluegrass ?! Et puis c’est aussi l’open le plus utilisé par les bluesmen avec celui de RÉ pour le jeu en slide, deux tonalités toutes guitaristiques depuis Robert Johnson jusqu’à Sonny Landreth, en passant par Blind Blake, Bukka White… en revenant à Duane Allman, Jimmy Page, Rory Gallagher ou Ry Cooder, qui initia Keith Richards à ses schémas harmoniques et doigtés instrumentaux.

Certes, l’inénarrable Keith n’a pas inventé l’open à couper la Telly en deux, mais son sens du riff et surtout sa faconde rythmique, où viennent se percher en appel de notes ses quartes suspendues et autres neuvièmes majeures au bout des simplissimes triades majeures en barré d’un unique index, créent un son reconnaissable entre mille. Vous pourrez vous évertuer à jouer les riffs de Keith Richards en accordage standard (ne serait-ce qu’en farfouillant autour de notre open de SOL « naturel » dans l’accordage  standard), vous n’obtiendrez jamais l’homogénéité, la compacticité pourtant si ouverte – au sens musical du mot open – et aérée, du son original de l’open de SOL. Une des marques de fabrique de notre homme est de jouer bien souvent cet open sans avoir recours au bottleneck, ce qui participe grandement à revivifier le son du blues dans The Rolling Stones, et qui lui redonne soudainement la fraîcheur de l’inédit.

Ici réside la signature de Keith et, en un mot comme en cent, la véritable originalité du son des Rolling Stones. Sans trop se préoccuper des fanatiques de la première période, qui ne jurent que par les premiers albums du groupe et renâclent à trouver de l’intérêt au groupe passé le bain de minuit de Brian Jones en juillet 1969, nous pouvons même avancer que la maturité de ce son advient avec la découverte et l’utilisation de l’open de SOL par Richards (a priori au cours des séances de Let it Bleed, via Ry Cooder, d’après l’intéressé) et dont, après le précédent du single Jumpin’ Jack Flash, sorti en 1968, Honky Tonk Women, publié en 1969 quelques jours après la mort de Jones, est le parangon de leur identité aboutie. Il y eut un avant et un après. Cet open eut l’effet d’un bâton de dynamite dans la carrière des Stones et son explosion fit dès lors pas mal de rififi dans les éboulis !


Sélection amoureuse de l’axiome de Keith


Il est temps maintenant de tendre l’oreille à quelques-uns des tubes écrits par Keith, qui ont pour dénominateur commun des riffs qui sont du même tonneau, sinon quasi identiques, voire jumeaux, dans leur structuration. Ces couples de titres forment de par leur open, leur tonalité, leur économie de moyens, leur simplicité d’exécution et enfin leur magique propension à rester en mémoire, les « Quatre Nobles Vérités » de « l’Octuple Sentier » du Bouddha Richards, tant il est vrai que l’on atteint ici le nirvana de ses riffs dans sa si personnelle posture rock’n’roll : désinvolte, certes, mais sans aucune imposture maniériste.

 

Arnaud Legrand
Arnaud Legrand

www.legrand-atelier.com

 

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